la dérégulation boursière en France

Fragments d’un article de Laurent Mauduit de Mediapart :

2. La dérégulation boursière

On oublie souvent que la grande dérégulation des marchés financiers et boursiers en France, c’est la gauche qui l’a mise en œuvre. Pas la droite.

Pour être précis, c’est le ministre des finances, Pierre Bérégovoy, épaulé par son directeur de cabinet Jean-Charles Naouri, qui l’a conçue, pour l’essentiel dans le courant de l’année 1985. Jusqu’à cette date, un cloisonnement très strict et étanche sépare les différents marchés, d’un côté les marchés financiers, de l’autre le marché monétaire, ce dernier étant réservé aux seuls établissements de crédit. Et chacun de ces marchés est surveillé par une autorité de tutelle spécifique : la Banque de France pour le marché monétaire ; le Crédit foncier pour le marché hypothécaire et la Commission des opérations de Bourse (l’ancêtre de l’actuelle Autorité des marchés financiers) pour le marché obligataire et celui des actions.En 1985, les socialistes organisent donc un véritable « big bang » de la Bourse : ils créent en France un grand marché unique des capitaux. Ce décloisonnement est à l’époque présenté comme une modernisation, qui permet aux entreprises de pouvoir arbitrer instantanément entre titres courts rémunérés au taux du marché monétaire et titres longs. Mais c’est aussi le coup d’envoi d’une ingéniosité financière qui, au fil des ans, va se sophistiquer de plus en plus. Jusqu’à conduire aux excès que l’on connaît aujourd’hui.

3. La libéralisation définitive des mouvements de capitaux.

On oublie aussi trop souvent qu’en France, cette réforme majeure, c’est aussi la gauche qui la mène à bien. Sans doute y a-t-il là encore une bonne raison : comme c’est une décision européenne, la France n’a d’autres choix que de s’aligner. La vérité, pourtant, c’est qu’à l’époque la France ne traîne pas des pieds pour prendre cette décision très lourde de conséquence. A l’inverse, elle fait du zèle. Alors que la date limite est fixée au début d’année 1990, elle s’enorgueillit en effet d’anticiper la libéralisation des mouvements de capitaux, pour qu’elle soit effective le 1er juillet 1989.

 

4. Les privatisations à marche forcée

Si le capitalisme français est l’un des plus ouverts aux grands fonds d’investissement étrangers et notamment des grands fonds anglo-saxons ; si les entreprises sont ainsi contrôlées à près de 45% par ces fonds, à comparer à des taux de 20% à 30% aux États-Unis ou en Grande-Bretagne ; si donc le capitalisme français est l’un des plus fragilisés par les évolutions récentes, c’est évidemment à cause des privatisations conduites à marche forcée, en France, depuis le milieu des années 1980 par la droite d’abord, mais aussi par la gauche.Si l’on dresse par exemple un bilan des privatisations conduites en France de la mi-1986 jusqu’à la mi-2002, c’est-à-dire du gouvernement de Jacques Chirac jusqu’à celui de Lionel Jospin, le bilan est en effet éloquent. Le montant total des cessions d’actifs publics dépasse légèrement la barre des 70 milliards d’euros (valeur 2002). Et ce montant se décompose approximativement de la manière suivante :13 milliards sous le gouvernement Chirac de 1986 à 1988, 17 milliards sous le gouvernement Balladur de 1993 à 1995, 9,4 milliards sous le gouvernement Juppé de 1995 à 1997 et 31 milliards sous le gouvernement Jospin. Pour la gauche, et particulièrement pour Lionel Jospin, le bilan est donc accablant : en tête du hit-parade, le dirigeant socialiste se distingue aussi pour avoir trahi sa parole de ne jamais ouvrir le capital d’une entreprise du service public. Il avait en effet promis de ne pas ouvrir le capital d’une entreprise publique, mais sous la pression de quelques-uns de ses amis, dont Dominique Strauss-Kahn, il renie son engagement dans les semaines qui suivent son installation à Matignon et organise la privatisation partielle de France Telecom. Les derniers mois du gouvernement de Lionel Jospin donnentmême lieu à un véritable concours Lépine de la privatisation. C’était à qui proposera l’idée la plus sulfureuse. On se souvient ainsi que le ministre des finances, Laurent Fabius, à deux mois des élections législatives prend la responsabilité de lancer la privatisation des autoroutes en France, en commençant par ASF, privatisation qui constituait jusque-là, et pour de bonnes raisons, un tabou. Et le même Laurent Fabius se livre, à la même époque, à une surenchère avec son rival en social-libéralisme, Dominique Strauss-Kahn, pour sceller le sort d’EDF : l’un propose l’ouverture de son capital, tandis que l’autre va encore au-delà en souhaitant que la part détenue par l’État tombe même sous les 50%.


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